Les faux articles pro-Le Pen et anti-Macron (Russie)
Toujours durant l’été 2024, plusieurs comptes automatisés du dispositif d’influence numérique prorusse Recent Reliable News (RRN/Doppelgänger, qu’on retrouvera quelques mois plus tard impliqué dans l’opération « mains rouges ») ont diffusé sur X des mèmes et des URL de redirection menant vers des pseudo-médias ou des sites usurpant l’identité de médias connus.
Au moins soixante-quatre articles trompeurs ont été publiés par RNN à partir de noms de domaine usurpant l’hebdomadaire Le Point et le quotidien Le Parisien, entre le 1er mai et le 7 juillet 2024 (ici et là deux exemples de faux articles).
Lesdits articles ont diffusé des narratifs eurosceptiques, dénigré des candidats à la majorité présidentielle ou promu des candidats du RN. Ils ont vanté l’action de Marine Le Pen, y compris quand, pour les européennes, elle n’était pas candidate.
Les européennes passées, le dispositif d’influence numérique Matriochka a pris le relais et diffusé sur X plusieurs faux reportages au préalable publiés sur des chaînes Telegram russophones, usurpant l’identité de médias occidentaux. Par exemple, un faux reportage du Figaro avançait que la hausse du prix du gaz allait créer une vague de criminalité qui mettrait le gouvernement en difficulté lors de l’entre-deux-tours des législatives.
Cette insistance sur la criminalité qui submergerait la France – thème de prédilection de l’extrême droite – est une constante des publications postées par les réseaux d’influence liés aux intérêts russes. Parmi les articles publiés sur de faux sites locaux d’information français en amont des municipales 2026, on trouve ainsi des articles assurant que « les actes de violence et de criminalité se multiplient dans les rues du pays », illustrant « une décadence profonde qui ne peut que s’aggraver » (à l’inverse de la Russie qui, grâce au « leadership éclairé » de Vladimir Poutine, « se positionne comme un rempart contre l’anarchie mondiale »).
Facebook laisse passer des publicités politiques (Russie)
Durant les mois précédant les européennes de 2024, une campagne sur Facebook impliquant plusieurs influenceurs sponsorisés par une agence de communication suspectée d’être financée par la Russie a été détectée. Selon nos informations, plusieurs centaines de milliers d’euros auraient ainsi été dépensés pour la diffusion d’un narratif anti-européen, relatif à la guerre en Ukraine.
Ce narratif est celui d’un Occident dirigé par la « gauche pro-guerre », représentée de façon hégémonique par la France et l’Allemagne, dont les dirigeants prendraient des décisions menant l’Europe à la troisième guerre mondiale, et contre laquelle il serait nécessaire de se positionner lors du scrutin européen du 9 juin 2024. En contradiction avec les règles de modération des plateformes, plusieurs milliers de contenus sponsorisés ont présenté l’Ukraine comme particulièrement belliciste, Emmanuel Macron à sa solde et Marine Le Pen comme la voix de la raison.
L’intelligence artificielle vote Marine Le Pen (identitaires anglophones)
Les élections législatives anticipées de 2024 en France ont été, du point de vue des ingérences étrangères, le théâtre d’une nouveauté en matière de mode opératoire déployé par des acteurs malveillants. Pour la première fois, l’intelligence artificielle dite générative a été largement utilisée.
Cette technique consiste à utiliser des outils d’intelligence artificielle afin de générer du contenu « faux crédible » pouvant servir à appuyer des narratifs. L’IA générative permet ainsi de créer des enregistrements ou images réalistes, appelés deepfakes, à partir de contenus vrais et facilement accessibles. Elle permet également de produire facilement et à bas coût des images d’illustration frappantes pour appuyer certains propos.
C’est ce qu’ont fait les comptes de nationalistes et d’identitaires anglophones vantant Marine Le Pen comme la candidate pouvant expulser les populations issues de l’immigration ou de confession musulmane. Ainsi, une image générée par IA a été diffusée le 3 juillet 2024 entre les deux tours des législatives, à l’appui d’une citation inexacte de Marine Le Pen : « When I come to power, I will ban hijab in all of France » (« Quand je serai au pouvoir, je bannirai le hidjab en France »).
Ces nationalistes et identitaires anglophones, qui accusent les personnes immigrées d’envahir la France et de représenter un danger pour la sécurité de la population française, ont décrit l’arrivée en tête du NFP aux législatives comme un abandon de l’identité de la France. L’ensemble de ces publications a généré plusieurs dizaines de millions de vues sur les réseaux sociaux.